Le travail de Philippe Gaildraud s'inscrit dans la grande «tradition» du collage DADA et surréaliste pour laquelle il s'agit de susciter le merveilleux et le poétique en provoquant « la rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection» (Lautréamont) et en dynamitant le « peu de réalité» perçu par le « rapprochement non motivé de deux éléments fort éloignés» (André Breton). A ceci près que Philippe Gaildraud n'a pas vocation à s'affirmer comme un épigone servile : il réactive cette saisie convulsive du monde au prisme de son propre imaginaire. La dimension essentiellement scopique du désir s'empare, littéralement, de l'objet, pour le plier à sa loi, le remodeler, le dévorer, le démembrer, le restructurer. On songe ici bien sûr à l'ironie salutaire de Raoul Hausmann mais aussi à la cruelle analyse anatomique de Hans Bellmer. Gaildraud n'en fait pourtant qu'à sa tête, dans une liberté de ton et de registre, affranchie pour notre plus grand plaisir de tout académisme et de tout préjugé. Jean-Michel Devésa